D’un prétendu droit de haïr…

Une tribune de notre ami Jean-Michel Galano. Militant PCF.

Les mots ont un sens. On assiste actuellement à une telle inflation de mots en « phobie » (islamophobie, homophobie, etc.) qu’on s’y perd un peu. De quoi s’agit-il ?

L’étymologie est claire : un « phobie’, c’est une peur, une peur infantile, irraisonnée, génératrice de haine. Le prototype de toutes ces peurs, c’est la peur de l’autre, celle du sujet différent. Une peur qui s’enracine dans le vivant, qui est d’une certaine façon consubstantielle à ma vie biologique : les phénomènes de rejet le démontrent assez bien.

Pour l’organisme individuel de base -notre base à tous-  l’altérité est toujours une menace d’altération. Le racisme repose sur cette base archaïque antérieure à l’éducation  qu’est la « phobie » de l’autre en tant que sujet différent.

L’acceptation de la différence, que ce soit celle des sexes ou celles des cultures, n’est en aucune façon une donnée naturelle : c’est un produit culturel, l’enjeu majeur du processus éducatif, et qui suppose non seulement le respect, toujours un peu distant, mais l’acceptation et l’approbation de la différence.

« Plus tu es différent de moi, plus tu m’enrichis » : banalité ? Hélas, pas pour tout le monde. L’actualité nous le confirme journellement.

Car les « phobies » sont de fait. Leur prolifération, à la fois grotesque et inquiétante, est l’un des symptômes de la crise de sens que nous vivons.

Dans ce contexte, est-il acceptable de reconnaître un « droit » à quelque  « –phobie » que ce soit ? Je réponds non.

Les phobies sont de fait, la haine de l’autre est de fait, l’intolérance est de fait le manque d’éducation est un fait. Comme disait Jean-Jacques Rousseau à propos du « prétendu droit du plus fort » : le droit n’ajoute rien à la force, qui est un rapport réel. De même, la « X-phobie » est hélas un fait. Raconter qu’on a le droit d’être X-phobe, comme cela a été fait récemment, et quelles que soient les limitations qu’on y met, c’est conférer à la haine, qui est viscérale et irrationnelle, un statut tout à fait usurpé : celui d’opinion.

Une opinion, c’est respectable : cela se verbalise, cela s’argumente. La « -phobie », c’est régressif, cela ne s’exprime que par des voies de fait.

D’autre part, les religions, les philosophies, les doctrines juridiques, esthétiques, morales, sont des produits culturels : on peut, on doit les interroger de façon critique. Mais qu’est-ce que la « phobie » peut avoir à faire là-dedans ? Critiquer, ce n’est pas haïr.

Mais comme la haine est lâche, elle se présente souvent comme une critique, ce qu’elle n’est pas. Honte à ceux qui font cette confusion ! Comme disait Marx, « la honte est déjà une révolution ».

Au fait :  les communistes, sont-ils « capitalistophobes » ? J’ai parfois entendu certains gauchistes exprimer leur « haine » du capitalisme, et quand on voit les effets des logiques libérales sur la vie des gens, cela peut se comprendre. Sauf que l’intervention des révolutionnaires, et notamment des communistes, consiste justement à dépasser la révolte, toujours vraie dans un premier temps, et à fournir les moyens théoriques et organisationnels permettant une efficacité réelle au service de l’émancipation humaine.

Jean-Michel Galano Responsable du PCF Saint-Cloud - jmpgalano@orange.fr

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